6 juin 2026
Netflix lance enfin le « roast » en France… et les champions du monde prennent feu

Netflix lance enfin le « roast » en France… et les champions du monde prennent feu

Je vais être honnête : voir des champions du monde 1998 et 2018 se faire gentiment découper à la vanne sur Netflix, ce n’était pas forcément la case que j’avais cochée sur mon bingo 2026. Et pourtant, depuis le 3 juin, la plateforme diffuse Dans la sauce, une émission présentée par Paul de Saint Sernin qui tente un pari très simple sur le papier, beaucoup moins dans la vraie vie : faire aimer le “roast” aux Français.

Et là, on touche à quelque chose de fascinant. Parce que le roast, c’est un peu comme le piment très fort : aux États-Unis, certains en mettent partout. En France, on goûte, on tousse, on boit trois litres d’eau et on demande si c’était vraiment nécessaire.

Le roast, c’est quoi exactement ?

Le principe est assez délicieux : on se moque d’une célébrité avec son accord, en public, avec des blagues très piquantes, parfois franchement cruelles, mais censées rester drôles avant tout.

En gros :

  • la cible est consentante ;
  • les limites sont connues à l’avance ;
  • le but n’est pas d’humilier, mais de faire rire ;
  • plus la personne est aimée, plus ça marche.

Paul de Saint Sernin l’a résumé avec son sens habituel de la caresse au papier de verre : un roast, c’est quand on “défonce” quelqu’un mais qu’il est d’accord. Voilà. Tout est dit. C’est violent, mais contractuel. Un peu comme monter un meuble suédois à deux : on sait qu’on va souffrir, mais on a signé pour.

Dans Dans la sauce, ce sont les Bleus qui passent sur le grill

Pour ce premier grand test à la française, Netflix n’a pas choisi n’importe qui. L’émission réunit des champions du monde de football de 1998 et de 2018. Oui, des légendes du ballon rond. Des gens qu’en France on a plutôt l’habitude de célébrer avec des klaxons, des drapeaux et des compilations YouTube en musique épique.

Parmi les joueurs présents, on retrouve notamment :

Côté 1998

  • Emmanuel Petit
  • Marcel Desailly
  • Frank Lebœuf
  • Christophe Dugarry
  • Robert Pirès

Côté 2018

  • Samuel Umtiti
  • Adil Rami
  • Presnel Kimpembe
  • Steve Mandanda
  • Blaise Matuidi

Et pour les faire cuire à feu vif, Netflix a sorti une belle brochette d’humoristes :

  • Pablo Mira
  • Kheiron
  • Hakim Jemili
  • Sarah Lélé
  • Waly Dia
  • Adel Fugazi
  • et d’autres plumes bien affûtées

Le tout a été tourné au Dôme de Paris, une grande salle de spectacle parisienne, avec ambiance de gala… sauf qu’au lieu de distribuer des médailles, on distribue des tacles.

Oui, ça chambre très fort

D’après les retours sur l’émission, le ton est donné dès le départ. Paul de Saint Sernin attaque vite, fort, et sans crampons homologués. Certaines blagues visent les carrières, d’autres les ratés sportifs, d’autres encore la vie médiatique ou personnelle des invités.

📌 À retenir : un roast réussi repose sur un équilibre très précis

Il faut que ce soit drôle et méchant.
Si c’est juste méchant, c’est gênant.
Si c’est juste drôle, ce n’est plus vraiment un roast.

C’est précisément là que l’exercice devient intéressant. Parce qu’en France, on adore la vanne… mais à condition de pouvoir dire ensuite “nan mais c’était pour rire” avec un petit sourire diplomatique. Le roast, lui, enlève ce flou. Il annonce la couleur : oui, on va être méchants, mais dans les règles.

Pourquoi ce format cartonne aux États-Unis… et galère chez nous

Le roast est un grand classique américain depuis les années 1970. Là-bas, il a eu ses émissions cultes, ses cérémonies, ses soirées spéciales, et même des personnalités énormes qui ont accepté de se faire démonter en mondovision.

On parle quand même d’un pays où des stars comme :

  • Justin Bieber
  • Bruce Willis
  • Pamela Anderson
  • Donald Trump

se sont prêtées à l’exercice.

Aux États-Unis, le public comprend généralement mieux le contrat : la star accepte d’être la cible, donc on rit du massacre verbal sans croire à une vraie embrouille. En France, c’est plus compliqué. Ici, dès qu’une blague pique un peu trop, il y a toujours quelqu’un pour froncer les sourcils comme s’il assistait à un incident diplomatique à l’ONU.

Le vrai problème français : l’autodérision, ce sport encore sous-coté

Plusieurs observateurs de l’humour le disent : la France manque encore un peu d’autodérision, surtout dans les grands formats populaires. On aime l’ironie, le sarcasme, la punchline, mais rire franchement de soi-même devant tout le monde ? Là, ça coince parfois.

C’est sans doute pour ça que le roast est resté jusqu’ici assez marginal chez nous, malgré quelques tentatives :

  • Thomas Ngijol, dès 2007, avec une chronique très acide face à Nicolas Sarkozy ;
  • McFly et Carlito, avec leur concept d’auto-roast, où chacun lisait des vannes écrites pour lui ;
  • les Rap Contenders, au début des années 2010 sur YouTube, qui ont donné un goût français au clash codifié ;
  • Drag Race France, où le roast existe aussi, mais reste parfois mal compris par une partie du public.

💡 Conseil d’experte en bizarreries médiatiques :
En France, on adore dire qu’on aime “les gens cash”. Jusqu’au moment où quelqu’un est vraiment cash. Là, bizarrement, on demande une commission d’enquête.

Pourquoi Netflix peut changer la donne

C’est probablement le point le plus intéressant de cette histoire : pour la première fois, le roast bénéficie d’une vraie vitrine grand public sur une énorme plateforme.

Et ça, ce n’est pas anodin.

Avant, le roast en France ressemblait un peu à un plat secret recommandé par trois initiés dans un comedy club du 11e arrondissement. Maintenant, il débarque directement dans le salon, entre une série true crime et un documentaire sur des gens qui vivent avec douze teckels.

Ce que Netflix apporte

ÉlémentAvantAvec Dans la sauce
VisibilitéLimitée, nicheTrès large
PublicHabitués de l’humourGrand public
Compréhension du formatFloueMieux expliquée
LégitimitéExpérimentaleInstallée par une grande plateforme

Autrement dit, Netflix teste en grand ce que la scène française bricolait en petit.

Le choix des footballeurs est très malin

Je trouve le casting franchement bien vu. Pourquoi ? Parce que des champions du monde, en France, ce sont presque des monuments nationaux. Et comme l’a expliqué Paul de Saint Sernin dans plusieurs interviews, pour qu’un roast fonctionne, il faut s’attaquer à quelqu’un de très aimé.

Si on vanne une personnalité peu connue, ça tombe à plat.
Si on vanne quelqu’un de déjà impopulaire, ça devient juste un règlement de comptes.
Mais si on vanne une idole, là, il y a un vrai décalage comique.

Et puis, soyons honnêtes : des footballeurs qui encaissent des blagues sur scène avec le sourire, c’est presque plus spectaculaire qu’une séance de tirs au but.

Un humour sans limites ? Pas vraiment

Le roast donne l’impression que tout est permis, mais ce n’est pas tout à fait vrai. En réalité, il y a toujours des règles, explicites ou non :

  • certains sujets peuvent être exclus ;
  • les participants savent globalement à quoi s’attendre ;
  • les humoristes ajustent leurs vannes selon la personne en face ;
  • l’objectif reste de faire un show, pas un carnage émotionnel.

Aux États-Unis, même lors de roasts très célèbres, certaines lignes rouges existaient. Donc non, ce n’est pas “la foire à la méchanceté”. C’est plutôt une mécanique très codée, où l’on joue à se rentrer dedans sans que ça finisse en guerre civile dans les loges.

ℹ️ Bon à savoir
Des spécialistes de stand-up comparent même le roast à une forme de violence consentie et balisée : chacun connaît les règles, pose ses limites, et tout le monde est censé en rire après. Oui, dit comme ça, on dirait une réunion RH très étrange.

Est-ce que ça peut vraiment marcher en France ?

La vraie question est là. Et la réponse la plus honnête, c’est : oui, mais pas n’importe comment.

Pour que le roast s’installe chez nous, il faut :

  • des invités capables d’autodérision ;
  • des humoristes très bons, pas juste “méchants” ;
  • un public qui comprend le second contrat du spectacle ;
  • un cadre clair, assumé, expliqué.

Si Dans la sauce réussit son coup, on pourrait voir ce format revenir plus souvent, avec d’autres célébrités françaises. Et là, je vous avoue que les possibilités sont vertigineuses. On est à deux doigts d’imaginer des soirées entières où des stars viennent volontairement se faire carboniser pour relancer leur capital sympathie. Le bad buzz transformé en good buzz, en somme.

Et franchement, dans le grand zoo médiatique actuel, c’est presque élégant.

Ce qu’il faut retenir de cette drôle de nouveauté

Netflix diffuse Dans la sauce depuis le 3 juin 2026
L’émission est présentée par Paul de Saint Sernin
Le concept repose sur le roast, un clash humoristique consenti
Les champions du monde 1998 et 2018 servent de cibles de luxe
Le format, ultra-populaire aux États-Unis, reste encore fragile en France
Le vrai enjeu, ce n’est pas la méchanceté : c’est l’autodérision

Sur BuzzDuSiecle.com, on aime les actus insolites, et il faut reconnaître que voir la France essayer d’importer officiellement l’art de se faire griller en public avec élégance, c’est une petite bizarrerie culturelle de premier choix. Si le public joue le jeu, le roast pourrait bien enfin quitter son statut d’OVNI comique pour devenir un vrai rendez-vous. Et sinon, au pire, on aura au moins appris une chose : même champion du monde, on n’est jamais à l’abri d’une bonne vanne.

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